Le sens des nombres et la géométrie euclidienne seraient innés.
C’est une approche originale que mènent, depuis plusieurs années, des chercheurs en sciences cognitives. Pour cerner les mystères de l’esprit humain, ceux-ci se sont intéressés à une tribu amazonienne, les Mundurukús. Grâce à eux, ils ont déjà mis en évidence certaines compétences innées de notre cerveau dans le domaine des mathématiques ou de la géométrie.
En deux mot, s’appuyant sur les idées de Noam Chomsky*, Pierre Pica évoque une thèse permettant d’expliquer les particularités propres aux Mundurukús. "Nous pensons que l’esprit humain dispose de différents modules de «compétences», faculté de langage, de navigation, de vision, de calcul, etc., [qui seraient innés comme "le sens des nombres" ou les concepts de base de la géométrie euclidienne. ndlr], et qu’il existe par ailleurs des systèmes de « performance » permettant d’activer l’un ou l’autre de ces modules. En l’occurrence, les Mundurukús ne diffèrent pas de nous au niveau de la compétence, mais seulement au niveau de la performance."
À lire in Sciences Actu (Cité des sciences) : Chez les Mundurukús
Ce travail me fait penser à un bouquin génial : L’enchâssement (The Embedding) de Ian Watson (1), Livre de Poche (n°7013), prix Apollo 1975. Dans l’histoire, le héros, Chris Sole évoque les Nouvelles Impressions d’Afrique de Raymond Roussel (lire aussi son incroyable Locus Solus), un des poète français, "les moins lus des auteurs célèbres", qui a influencé à la fois les surréalistes et l’Oulipo. Roussel a "inventé" la structure littéraire enchâssée consistant à insérer des parenthèses dans des parenthèses à un point tel que le cerveau humain n’est plus capable de suivre le discours. C’est pourquoi Sole procède à des tests secrets dans un hôpital britannique où il fait apprendre un tel langage enchâssé à de jeunes enfants au cerveau stimulé par une substance chimique, conditionnés dès la naissance à cette fin.
Son ami et par ailleurs ex-amant de sa femme et père de son fils, l’ethnologue Pierre Darriand, a découvert, dans une Amazonie menacée par les plans pharaoniques des multinationales américaines alliée au gouvernement brésilien, une tribu dont le langage courant, le xemahoa A, se transforme sous l’effet d’une drogue locale en un langage enchâssé, le xemahoa B, dans lequel se transmettent leurs mythes, et en filigrane, une description aussi exacte que possible du Réel. Mais les études de ces deux chercheurs n’intéresseraient personne si elles n’acquéraient pas d’un coup une valeur marchande pour une espèce extraterrestre qui cherche à élaborer une grammaire universelle à partir de différents langages pour découvrir une transcendance permettant d’accéder à l’Autre-Réalité.
Du coup, ça me fait pener dans le même registre, au très pertinent article "Le rôle du langage dans les processus perceptuels", par Alfred Korzybski, qui invoque notamment le langage des "hommes premiers" qui ne discutent pas des "idées" abstraites. Il y a je trouve dans ces approches de quoi réfléchir sur notre propre façon de noyer le poisson avec des idées abstraites, qui ne sont ni incarnées ni même vraiment abstraites ! au sens propre du terme.
Dixit : "L’Indien ne parlera pas de la bonté en tant que telle, quoiqu’il puisse très bien parler de la bonté d’une personne. Il ne parlera pas d’un état de bonheur en le séparant de la personne qui se trouve dans cet état". Cependant, Boas conclut: "Le fait de ne pas se servir de formes généralisées d’expression ne démontre pas une incapacité de les créer, mais prouve seulement que le mode de vie de ces peuplades est tel que ces formes ne sont pas requises"
Citant une observation chez les Trobriander : " Si j’avais à me rendre avec un trobriander dans un jardin où le taytu, une espèce d’igname, vient d’être cueilli, je reviendrais en vous disant: "Il y a là d’excellents taytus, ils sont tout juste à point, grands et parfaitement conformés; ils n’ont pas une brunissure, pas une tache; gentiment arrondis aux extrémités et sans bout pointu; tout a été cueilli d’un seul coup, il n’y aura pas de second glanage." Le trobriander lui, reviendra en disant "taytu"; et dans ce mot il aura dit tout ce que moi je vous ai dit et même plus. Même la phrase "il y a des taytus" représenterait une tautologie puisque l’existence est impliquée dans l’essence puisque en fait elle est un des ingrédients de l’essence pour le trobriander.
(1) Voir aussi du même auteur, "Les visiteurs du miracle".
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novembre 8th, 2006 at 14:33
Finalement,
C’est rassurant de savoir qu’on peut tout à fait bien vivre en ne sachant pas compter au delà de 3.
Marvel